Dans notre article précédent publié le 02/04/2024, nous avons exploré la dimension intellectuelle dans la supervision individuelle à distance, en mettant en lumière les défis et les opportunités liées à la création d’un espace de réflexion et d’apprentissage propice à travers les canaux virtuels.

Aujourd’hui, nous poursuivons notre exploration en nous plongeant dans la dimension émotionnelle présentée par Pascale PASCOA AMORIM. Il s’agit d’un aspect tout aussi crucial de la dynamique relationnelle de supervision. Nous examinons en détail la notion de champ et de langage émotionnel, la méta communication émotionnelle, les marqueurs repérables par le superviseur, et sa manière d’agir et d’interagir avec ses propres réponses émotionnelles.

L’exploration de la dimension émotionnelle est une étape essentielle pour comprendre la supervision individuelle dans son ensemble. Elle nous permet de saisir les nuances de la relation entre le superviseur et le supervisé, et d’identifier les facteurs qui influencent la qualité de l’accompagnement.

Poursuivez votre lecture pour découvrir l’intégralité de cet article et explorer la dimension émotionnelle dans la supervision individuelle à distance.

 

Dans cette section, en miroir de la précédente, nous nous attacherons à comprendre la dimension émotionnelle dans la dynamique relationnelle de la supervision individuelle à distance.

Nous explorons la notion de champ et langage émotionnel, ce qu’est la méta communication émotionnelle, les marqueurs repérables par le superviseur et comment le superviseur agit et interagit avec sa propre réponse émotionnelle.

Nous évoquerons ensuite les enjeux et compétences du superviseur dans cette interaction émotionnelle ainsi que les opportunités et défis du superviseur quant à sa posture pour préserver la dimension émotionnelle à travers les canaux virtuels pour une réponse optimale à la demande et aux besoins du supervisé.

Comprendre la dimension émotionnelle dans la dynamique relationnelle de la supervision individuelle

La dimension émotionnelle dans la supervision individuelle de coach

La dimension émotionnelle dans la relation de supervision permet au coach de se connecter à ses émotions, d’exprimer ses préoccupations et défis émotionnels en recevant un soutien émotionnel de la part du superviseur.

Les émotions et leur langage : la méta communication émotionnelle

La méta communication émotionnelle est la communication sur la communication des émotions, qui consiste à discuter ouvertement des émotions, des dynamiques relationnelles qui se produisent au sein de la relation de supervision. Elle permet de renforcer la compréhension mutuelle, la clarification de la demande et l’optimisation des échanges interpersonnels.

En premier lieu, le terme « émotion » désigne des phénomènes expérientiels qui sortent de l’ordinaire et sont caractérisés par des réactions d’ordre physiologique, motrice, cognitive, affective et/ou ressentie, provoquées par les stimuli provenant d’événements qui suggèrent l’âme sans que la personne en question les ait recherchés.

Les Romains disaient motus ou motus animi, « mouvement de l’âme ». En raison des mouvements de l’âme qui les caractérisent, Descartes a lui-même désigné ces phénomènes par le terme émotion, un mot qui à son époque signifiait émeute ou agitation. Quant à Aristote, il explique que les ressentis émotionnels sont des perceptions de l’engagement dynamique du corps dans l’interaction qu’il désigne par le mot kinèsis .

Aussi, le mot « émotion » provenant du latin movere signifie « ébranler », « mettre en mouvement » qui se caractérise par une réaction subite temporaire et involontaire accompagnant souvent de manifestations physiques.

Les émotions sont donc des réactions mentales conscientes vécues subjectivement comme des sentiments forts généralement dirigés vers un objet spécifique.

La méta communication émotionnelle stimule la connexion émotionnelle superviseur-supervisé. Cela permet l’ouverture du champ d’expression du motus animi – mouvement de l’âme, de la perception du  kinésis –, de l’engagement du corps, de l’exploration consciente des manifestations émotionnelles afin d’encourager la réflexion objective des sentiments dans un espace de confiance, d’authenticité voire d’intimité émotionnelle instaurée au préalable.

 

La réponse émotionnelle du superviseur

Celle-ci s’exprime de diverses manières, comme peut l’illustrer les extraits des superviseurs interviewés par :

  • La reformulation « l’écho émotions » de ce qui vibre pour aller dans les émotions.
  • La stimulation et l’énergétisation des trois dimensions Tête/Cœur/Corps pour obtenir une forme de complétude.
  • Le questionnement du besoin de déposer ce qui est présent.
  • Le scan de ce que le supervisé a vécu et vit.
  • La propre sensibilité aux émotions et l’empathie renvoyée du superviseur pour créer le réceptacle émotionnel.

Cette réponse de superviseur contribue à un sentiment de compréhension, de validation et de sécurité émotionnelle pour permettre au coach supervisé, en toute confiance, une exploration plus approfondie de ce qui se passe pour lui, de ce qui le « traverse » (dans l’ instant présent et/ou dans la situation qu’il apporte en supervision) et permettre son élévation au service de sa posture d’accompagnant.

La délimitation du champ émotionnel

Dans le contexte de la supervision, la dimension émotionnelle implique :

  • L’exploration des émotions où le superviseur et le supervisé examinateur examinent ensemble les émotions qui peuvent émerger pendant les séances de coaching ou dans un cadre plus général du métier de coach. Cette exploration vise les émotions du supervisé mais peut aussi prendre en compte les émotions des clients au travers de résonances.
  • La réflexion sur les réactions émotionnelles pour lesquelles le superviseur encourage le supervisé à prendre du recul quant à l’impact qui peut produire ses réactions sur la qualité de la relation de coaching, les choix de stratégie d’accompagnement et les actions.
  • L’expression émotionnelle en supervision encourage le supervisé à exprimer et surtout verbaliser ses propres émotions envers le processus de coaching, les défis qu’il rencontre et les expériences positives pour appréhender et établir ses propres stratégies de gestion émotionnelle.
  • Le soutien émotionnel et la gestion des émotions lorsque le supervisé doit faire face à des moments fortement chargés émotionnellement et difficiles par des techniques de régulation émotionnelle, comme par exemple, la méthode CLEEN (Coaching de Libération des Empreintes Émotionnelles).
  • L’éveil à la prise de conscience des émotions client afin de reconnaître et comprendre ce qui se joue chez le client et lui permettre de progresser au niveau de sa connaissance de soi et des impacts sur son système.

En résumé, la dimension émotionnelle en supervision individuelle vise à créer un espace où le supervisé peut explorer, comprendre, gérer, développer tous les aspects émotionnels le concernant (connaissance de soi), de la relation de coaching (relation à l’autre), de sa pratique de coaching (conscience systémique) dans un contexte holistique de supervision en favorisant la croissance du supervisé au regard de la complexité des émotions dans le contexte du coaching professionnel.

Les marqueurs qui identifient la dimension émotionnelle dans la séance de supervision individuelle 

La dimension émotionnelle est omniprésente dans toutes les relations humaines. Les compétences en intelligence émotionnelle, telles que la conscience émotionnelle, la régulation et gestion émotionnelle, l’empathie et la communication émotionnelle, sont donc essentielles.

Les indices, signaux ou éléments reflétant la dimension émotionnelle dans la relation peuvent prendre diverses formes repérables par le superviseur soit : 

·        Les expressions faciales : Les expressions du visage (le sourire, les froncements de sourcils, les larmes et le regard, les grimaces…).

·        La tonalité de la voix, le rythme et le volume.

·        Le langage corporel (les gestes, la posture droite ou courbée, les mouvements du corps).

·        Le langage verbal « émotionnel » (le choix des mots, les métaphores exprimées).

·        Les aspects plus physiologiques comme la sudation, la couleur du visage, le rythme de respiration.

Mais aussi, dans cette dimension émotionnelle, il parait opportun de prendre en compte la dimension énergétique faisant référence aux énergies subtiles inter et intrapersonnelles – les flux énergétiques qui circulent pendant la dynamique relationnelle, et qui associée aux vibrations émotionnelles et aux interactions non verbales apportent de nombreux indicateurs dans la dynamique de supervision. 

Encadré 5 : Deux illustrations

Pour Marie, superviseur, la dimension émotionnelle est une connexion plus forte dans l’ici et maintenant et dans la relation interpersonnelle : « Je me sens en mouvement avec le supervisé même si ce n’est pas énergétique dans le distanciel. »  Dans la dimension émotionnelle, « il y a un ralentissement, des rires, des images, des émotions, les énergies sont différentes. » Pour Mathieu, superviseur, le rythme émotionnel est plus lent que le rythme cognitif. L’entrée dans la dimension émotionnelle se caractérise par « le moment où le supervisé se fige, il conscientise puis devient calme, apaisé, centré sur lui. Le rythme de la séance est plus lent ». La conscientisation est, pour Mathieu, « la rotule entre la dimension intellectuelle et émotionnelle ».

« Nous appellerons émotion une chute brusque de la conscience dans le magique. »,                                             Jean-Paul Sartre, Esquisse d’une théorie des émotions

Le rite d’interaction dans le cycle du contact : une énergie émotionnelle

Le rite d’interaction, fondement de la relation et du lien superviseur-supervisé 

D’après le sociologue Randall Collins, toute relation entre des personnes est un rite d’interaction afin de créer une énergie émotionnelle qui les lient pendant leur expérience commune. Selon Collins, ces rites sont des mécanismes qui fixent l’attention sur une émotion afin de créer une réalité partagée. Cette nouvelle réalité serait temporaire mais servirait à générer des sens et des symboles lors de la présence corporelle. Cela voudrait-il dire que les rites d’interaction ne peuvent pas avoir lieu dans le monde virtuel ? Selon nous, la création de cette énergie émotionnelle prendrait naissance dès la mise en lien et l’alliance prévues dans le cycle du contact.

La Gestalt valorise le contact authentique en intégrant des dimensions sensorielles, émotives, intellectuelles, sociales et spirituelles pour créer du sens et de l’existant dans l’instant présent. Elle met l’accent sur la conscience de ce qui se passe dans le moment présent. Cela pourrait-il dire que ce rite d’interaction nommé par Collins précédemment, ferait partie intégrante du cycle du contact ?

Le rite d’interaction, de notre point de vue, s’établit dès la phase pré-contact où superviseur et supervisé prennent soin individuellement de leur niveau énergétique et se préparent « émotionnellement » (dépollution et connexion à soi) à la « connexion émotionnelle » pour entrer dans la phase de contact et d’engagement, phases cruciales pour réussir l’expérience de supervision. Superviseur et supervisé vivent alors ensemble et individuellement leur expérience commune. Joseph Zinker distingue six phases dans le cycle du contact : la sensation, la prise de conscience, la mobilisation de l’énergie, l’action, le contact et le retrait dans lesquelles l’énergie émotionnelle est présente. Les paliers de connexion émotionnelle évolutifs en intensité et en profondeur sont des moments-clés pour créer la sensation, la mobilisation de l’énergie émotionnelle nécessaires à l’engagement dans cet espace de réalité partagée.

Enjeux et compétences du superviseur dans cette interaction émotionnelle

L’enjeu pour le superviseur est de prêter attention à l’évolution de cette connexion émotionnelle et énergétique tout au long du cycle du contact où ces phases interdépendantes permettent au supervisé de s’élever en matière d’intelligence émotionnelle dans sa pratique de coaching.

Le superviseur crée un espace où la dimension émotionnelle est prise en compte de manière éthique et constructive pour instaurer un environnement émotionnel sécurisé accueillant émotions, sentiments, réactions et préoccupations du supervisé. Il s’appuie sur ses compétences pour permettre au supervisé de développer une conscience émotionnelle éveillée au service de ses clients et cultiver une relation de coaching plus intuitive, authentique et naturelle.

Dans la phase « sensation » pré-contact et contact, superviseur et supervisé sont en conscience de leurs sensations (physiques, émotionnelles, pensées et désirs en expérience immédiate) impliquant une autoréflexion et conscience émotionnelle de ce qui se joue dans l’ici et le maintenant et stimulée lors du temps d’inclusion.

Le superviseur peut alors proposer dans cet espace d’inclusion des techniques appropriées à la connexion.

Dans les phases « énergie », « actions » du plein-contact, l’exploration de la dimension émotionnelle dans la posture du superviseur se caractérise par :

  • L’écoute émotionnelle: le superviseur par sa présence, écoute active et empathie se connecte plus profondément au supervisé en étant attentif aux émotions, aux réactions et sentiments exprimés par le supervisé, afin de comprendre l’état émotionnel et les modes de fonctionnement qui sous-tendent la demande de supervision. Dès l’élaboration du contrat de supervision s’instaure l’alliance et le contrat relationnel implicite (compétence 1 – EMCC) et les bases de la relation.
  • L’environnement émotionnellement sûr: L’espace créé par le superviseur doit offrir permission et protection de manière à ce que le supervisé se sente en sécurité et libre pour partager ses émotions et préoccupations sans jugement dans le respect de la déontologie. Les aspects éthiques sont abordés telle que la confidentialité et la gestion des limites émotionnelles pour lesquelles un autre soutien professionnel peut émerger (compétence 4 – EMCC).
  • L’expression émotionnelle, quant à elle, va être encouragée afin que le supervisé exprime clairement et ouvertement ses ressentis et réactions émotionnelles par rapport à sa pratique professionnelle et face aux situations de coaching rencontrées afin de développer de nouveaux comportements, d’interroger ses paradigmes et développer sa pratique (compétence 2 – EMCC)
  • La gestion émotionnelle: le supervisé va pouvoir traiter ses expériences émotionnelles vécues pendant les séances de coaching et les résonances en jeu facteurs de perturbations pour lui et ayant un impact dans l’accompagnement de son coaché. Dans un contexte plus général par rapport à son activité de coach, la gestion de ses émotions face aux défis commerciaux auxquels il est confronté, aux signes de stress et d’inquiétude peut être accompagnée par l’acquisition de techniques ou d’outils de gestion des émotions afin de maintenir son bien-être, sa sécurité et sa résilience (compétence 3 – EMCC)
  • La réflexion et réflexivité des réactions émotionnelles: le superviseur invite le supervisé à réfléchir à ses réactions émotives face aux situations de coaching afin d’éveiller sa prise de conscience émotionnelle et développer sa propre « connaissance de soi », au profit de sa pratique, en utilisant son « soi-même » en tant qu’instrument de coaching, en utilisant au mieux ses propres réactions comme levier de coaching (compétence 5 – EMCC) et en nourrissant la relation avec son client pour maintenir l’équilibre empathie et objectivité.
  • L’exploration de la perception émotionnelle des clients (le 3ème regard du 7-eyed) ouvre la réflexion sur la relation supervisé – coaché, les besoins émotionnels du client, la compréhension sur ce qui survient pendant la séance, l’identification et la compréhension des émotions/réactions du client dans son contexte et système. (compétence 7 – EMCC).

Et pour clôturer l’expérience et terminer le cycle du contact, les phases de retrait et de désengagement où la situation est dénouée et où va s’ouvrir la période d’assimilation, de digestion du travail réalisé en supervision.

(D’après l’ouvrage de Serge Ginger. La Gestalt : l’art du contact ; nouvelle approche optimiste des rapports humains)

Les possibles impacts de l’interaction à distance sur la dimension émotionnelle dans la supervision individuelle 

Le propos qui suit se présente sous forme de postulats dédiés à cette dimension et exprimés par les superviseurs interviewés.

Postulat 1 : L’utilisation de la communication virtuelle « floute » la réciprocité : je ne vois pas que tu me regardes …

Gaëtan de Lavilléon, Marie Lacroix et Emma Vilarem – docteurs en neurosciences, amènent dans leur article que « malgré les avantages du mode visio, l’interaction n’est pas complètement satisfaisante même quand la qualité est parfaite! »

En quoi la communication à distance par visioconférence diffère d’un face-à-face ? Que se passe-t-il dans notre cerveau ?

Lorsque nous échangeons en face-à-face, de nombreux signaux non-verbaux sont envoyés à notre interlocuteur, comme les expressions gestuelles et expressions faciales. Les yeux et le regard participent de façon majeure au non-verbal avant même le verbal. Lors du contact visuel direct, l’échange de regards est synchrone.

À distance, l’utilisation de l’image permet de maintenir la présence de ces signaux toutefois nous perdons dans ce type d’échange, le synchrone des regards. Pour que chacun ait l’impression de se regarder dans les yeux, le regard doit se porter au niveau de la caméra du téléphone, de la tablette ou de l’ordinateur. Les regards ne peuvent donc être échangés simultanément. Or, c’est précisément cette synchronicité perçue par nos cerveaux qui participe à un surcroît d’engagement vers l’autre : « je vois que tu me regardes ».

« Ne dit-on pas que le regard est le reflet de l’âme ? », Mathieu, superviseur.

« Si le visage est le miroir de l’âme, les yeux en sont les interprètes », Cicéron.

Postulat 2 : Des perceptions modifiées : une impression que quelque chose n’est pas partagée comme si les écrans faisaient écran … 

Nous utilisons ici des verbatims recueillis auprès des superviseurs interviewés :

« Une impression que le supervisé ne livre pas les mêmes choses lorsqu’il est à distance… il y a des personnes qui n’aiment pas se voir et s’entendre en visio »;

« Quelque chose n’est pas partagé par la privation des sensations sur le plan énergétique et sensoriel ce qui semble plus opérationnaliser les choses »;

« Il manque le flux énergétique, le charnel de la séance »;

« La technologie peut être source de déconnexion émotionnelle ou de mise à distance des émotions comme un filtre »;

« Les cinq sens ne sont pas mis à contribution. J’utilise 1.5/5 sens, il n’y a pas d’odorat, de toucher, de goût … Seuls l’auditif et le visuel sont actifs, cette privation de sensations dégrade la qualité du lien et le plein contact est altéré avec une moindre puissance ».

Le sensoriel « ne vit pas pareil » et change le rapport à l’autre.

La gestuelle du corps se limite à la taille de l’écran, comment s’expriment le reste du corps non visible ? Les expressions faciales sont plus ou moins visibles en fonction de l’éloignement du supervisé face à la caméra et du positionnement de celle-ci, la luminosité, les reflets…

Nazareth Castellanos – chercheuse, explique que les neurosciences reconnaissent à présent sept sens, les cinq sens de l’extéroception comme l’ouïe, la vue… et désormais deux autres sens, les plus importants pour le cerveau, l’interception et la proprioception.

L’interception est l’information qui parvient au cerveau sur ce qui se passe à l’intérieur des organes (cœur, respiration, estomac, intestin…) et la proprioception est l’information sur la façon dont le corps est à l’extérieur (la posture, les gestes, les sensations). En fonction de ce qui se passe, le cerveau agit d’une manière ou d’une autre et donne plus d’importance à certaines parties du corps.

Le cerveau est toujours à la recherche de la congruence corps-esprit et possède une zone exclusivement dédiée à la vision de la posture corporelle associant un état émotionnel. Par exemple, le corps courbé est interprété par le cerveau comme de la tristesse. De nos jours, l’utilisation importante des outils numériques entraîne une fatigue technologique qui tend le corps à se courber et qui est interprété par le cerveau comme de la tristesse, ce qui peut donc affecter les émotions pendant les séances à distance. La posture du corps affecterait donc notre perception émotionnelle.

Une expérience a démontré que lorsque les gens qui ont leur ordinateur sur les genoux, se tiennent courbés, et qu’ils se souviennent davantage des mots négatifs que positifs !

« Ce n’est pas le corps qui vous dit où vous devez aller mais il vous dit où vous êtes », Nazareth Castellanos.

Postulat 3 : Des indices du non-verbal moins perceptibles à la détection des émotions sous-jacentes…

Notre recueil de données fait ressortir que le non-verbal (langage corporel, postures, contact visuel, expressions faciales…) compte de façon très importante dans toute dynamique relationnelle. 

Dans la relation à distance, l’observation du non-verbal s’en trouve réduite et peut altérer l’identification et la compréhension des émotions, leur intensité et nuances. 

Ce qui se vit dans l’instant peut être moins perceptible qu’en présentiel où le corps est en « 3D ». Les indices sont moins visibles et peuvent rendre difficile la détection d’émotions sous-jacentes sachant que derrière chaque émotion se cache un besoin sous-jacent, un sentiment souvent inconscient.

Postulat 4 : Des préférences de fonctionnement du superviseur et du supervisé dans la dynamique de supervision

Chacun, superviseur et supervisé, a ses préférences de fonctionnement dans la dynamique relationnelle. L’importance d’être conscient de ce que chacun apporte comme préférence permet de réguler et d’identifier les zones de développement.  Le superviseur rejoint le supervisé là où il est, en prenant en compte son sujet. D’un point de vue systémique, le superviseur a pour obligation d’aider le coach à regarder la situation de manière très variées et permettre ainsi au coach de le challenger de manière holistique. 

« La supervision, c’est de l’introspection sur comment et qui nous sommes se manifeste dans notre posture de coach et notre travail avec nos clients. » Audrey, superviseur.

Postulat 5 : un distanciel subi ou souhaité ne se vit pas de la même manière…

La question que l’on peut se poser est la suivante : comment vit-on le distanciel ? Un processus de supervision souhaité en distanciel par le superviseur et le supervisé, pour des raisons qui leur sont propres, semble ne pas présenter de différences par rapport à un mode présentiel « dans la mesure où le cadre, les règles de fonctionnement, les besoins du supervisé, et sa maîtrise de l’outil virtuel sont clairement convenus et entendus. » 

La distance physique peut même devenir un atout à la dimension émotionnelle où le supervisé, dans «sa bulle de sécurité et d’intimité » peut s’ouvrir à plus d’expression de ses émotions.

« Quand on est à distance, qu’est-ce qu’on met à distance … pour de vrai ? » Mathieu, superviseur.

Les opportunités et défis du superviseur pour préserver la dimension émotionnelle à travers les canaux virtuels

Un contrat relationnel clair, respecté pour un environnement sécurisé propice à la dimension émotionnelle à distance 

La création de l’alliance à distance demande certaines précautions et points de vigilance afin d’établir l’espace de confiance, de conscience de soi et de l’autre propice à la dimension émotionnelle à distance.

Le superviseur porte une attention particulière aux points suivants lors de l’établissement du partenariat de supervision :

  • Le contrat relationnel à distance dans le respect de l’éthique et de la déontologie :
    • Les conditions nécessaires à la préservation de la confidentialité : la manière dont les informations sont traitées, échangées, conservées (selon les normes de déontologie), s’il y a ou non enregistrement des séances (transmission, conservation), l’environnement dans lequel le supervisé fait sa séance de supervision « sa bulle »,
    • La technologie et la confidentialité : la manière dont sont préserver les échanges de documents et la confidentialité des données traitées selon les normes RGPD. Par exemple, la garantie des normes de l’utilisation d’une plateforme 3.0 par la mise en place d’un espace personnel et personnalisé (identifiant et mot de passe)

 

  • Flexibilité et adaptation à l’utilisation de l’outil à distance
  • La vérification que le supervisé est à l’aise avec l’utilisation technique de l’outil à distance et le choix de l’outil préféré du supervisé.
  • La vérification du niveau de flexibilité du supervisé quant à ses échanges et comportements à distance – sa facilité ou non à partager ses ressentis, ses émotions en mode distanciel et quelles différences peuvent apparaître entre la relation en présentiel et le distanciel qui demandent de la part du superviseur une attention particulière. Par exemple, lorsque la personne s’éloigne de l’écran, quelle distance prend-elle, quel message spécifique est renvoyé au supervisé ?

 

  • Les conditions de préparation de la séance : la responsabilité de chacun
    • Chacun (superviseur et supervisé) « gère son énergie », se prépare en phase de pré-contact avant d’entrer en séance. Le superviseur rend responsable le supervisé de son état de conscience émotionnelle et énergétique et de l’élaboration de sa demande en réponse à ses besoins.

Le superviseur peut accompagner son client à stimuler son niveau énergétique afin d’optimiser sa présence émotionnelle par une introspection émotionnelle (comment je vais, ce que je ressens, pourquoi j’ai ces ressentis, quel impact sur ma séance…), l’utilisation de la respiration consciente et profonde avant la connexion en séance, la visualisation de création du lien énergétique entre superviseur et supervisé.

Aurore, superviseur crée « son lieu du soi » je m’identifie à mon émotion pour me désidentifier, me dissocier et prendre de la distance pour laisser place « au lieu du soi du supervisé » afin d’accueillir, recevoir et percevoir ce qui se joue pour le supervisé.

Pour Stéphanie, superviseur, « la séance en distanciel tout comme en présentiel lui demande une préparation en amont pour faire le vide et être entièrement disponible et en présence de la personne accompagnée ».

Pour Katya, superviseur, « je fais le point avec moi-même tous les jours, je connais la réponse aux questions de comment je vais et je peux répondre pour mon corps, ma tête et mes émotions…Je connais mes valeurs, mes besoins et mes préférences de fonctionnement… »

 

  • Une inclusion plus centrée sur la stimulation des trois centres énergétiques (Tête/Cœur/Corps) permet d’ouvrir l’éveil et la conscience aux « sensations ». Des techniques comme le scan corporel, le photolangage, les cartes symboliques, l’ancrage dans l’ici et maintenant permettent de calmer l’esprit, laisser de côté ce qui doit rester en dehors de la séance et ouvrir la voie à la connexion énergétique afin d’établir dès le début de la séance un espace où la dimension émotionnelle prend sa place et où les émotions peuvent être accueillies et respectées.

La verbalisation du non-verbal et l’intégration de la métacommunication émotionnelle virtuelle au service de la dimension émotionnelle à distance

Pour Stéphanie, superviseur, l’écran lui permet d’avoir « une observation et attention encore plus fine du non-verbal et des changements d’expressions pour détecter les signaux émotionnels ».

Les perceptions et les indices du non-verbal « amoindris » demandent au superviseur d’aiguiser son attention par une écoute et présence « émotionnelles » lui permettant de détecter au travers des expressions verbales, du langage corporel et des changements d’énergie les signaux offrant l’espace d’exploration des ressentis, des réactions émotionnelles servant la réflexion.

Le superviseur encourage la verbalisation du non verbal et des états émotionnels :

« Je souhaite te restituer ce que j’observe …, je ressens que…, j’entends que… je remarque que … » afin de permettre au supervisé de reconnaître et/ou d’identifier ce qui le traverse dans l’ici et le maintenant utile à la réflexion tout en veillant à maintenir l’équilibre intellectuel/émotionnel pour servir la demande et l’élévation du supervisé.

« En distanciel, je pose des questions que je ne poserais pas en présentiel… » Audrey, superviseur

«Les gestes sont différents, lors d’une émotion forte, en présentiel, je tends la boîte de mouchoirs alors qu’en distanciel, je fais verbaliser l’émotion… »

 

En résumé de cette section, les deux dimensions – intellectuelle et émotionnelle – sont interdépendantes l’une de l’autre, et trouvent leur juste équilibre en fonction – du sujet et de la demande, – des préférences de fonctionnement du supervisé et du superviseur et du niveau d’élévation attendu. Le superviseur rejoint le client là où il est, et l’aide à regarder de manière très variée sa situation en réponse à sa demande.

Le superviseur, par son écho émotionnelle et intuitive, encourage donc le supervisé vers plus d’expressions et de verbalisation de ses ressentis, de ses émotions pour servir et nourrir l’expérience de supervision. L’expression des émotions offre alors un espace d’élévation où le supervisé peut prendre conscience des schémas activés, des biais, des processus parallèles pour développer davantage sa conscience de soi, de l’autre et de ce qui influence le travail avec son client. .

La supervision est un espace d’introspection où le supervisé se découvre (dans ce champ émotionnel) au service de ses clients pour rester le plus neutre possible et à distance des émotions de son client, être en conscience de ce qui lui appartient et ne lui n’appartient pas, pour développer de nouvelles aptitudes et attitudes dans sa conduite professionnelle.

La posture du superviseur, quant à elle, est comme « le couteau suisse », le superviseur déploie ses nombreuses postures et outils à sa disposition en réponse aux besoins et à la demande du coach supervisé tout en utilisant sa propre conscience de soi au service de fils client.