La distinction entre ces 2 concepts est largement évoquée dans les travaux anglo-saxons sur le développement professionnel des coachs — notamment dans les recherches de Hawkins, Shohet, Carroll, Schuck, Proctor et des auteurs du courant « réflexif praticien ».
1- La Réflexion (ce qui se réfléchit comme dans un rétroviseur)
Le coach revient sur ce qui s’est produit pendant la séance. Il regarde dans le miroir pour réfléchir, cad revisualiser, la scène qui s’est produite.
La réflexion est un processus délibéré , structuré , souvent chronologique , qui consiste à revisiter une séance pour comprendre :
- ce que j’ai fait, dit, choisi
- ce que le client a fait, dit, choisi
- les options que j’avais
- ce que j’ai compris ou manqué
- les compétences mobilisées ou absentes
La réflexion correspond au geste de « penser sur l’action ».
C’est comme regarder un match en replay : on revoit les actions, on décortique les décisions, on analyse le jeu, les tactiques, les opportunités manquées.
Exemples concrets de réflexion en supervision
- « Quand le client a décrit son conflit avec son associé, j’ai posé 4 questions fermées. Je comprends que cela a une exploration limitée. »
- « J’ai repéré que j’ai passé trop vite sur la dimension émotionnelle. »
- « Je constate que je me suis laissé entraîner dans le rythme du client au lieu de garder mon tempo de coach. »
La réflexion augmente la lucidité professionnelle , développe le sens tactique du coach et renforce sa maîtrise des compétences ICF .
2- La Réflexion (penser ce qui s’est produit)
Le coach observe « avec tout son être » ce qui l’habite et l’influence afin de comprendre les raisons de ses actes.
la réflexion inspirée renvoie à un processus plus profond, somatique et relationnel :
- prise de conscience des automatismes
- observation des résonances personnelles
- exploration des biais, loyautés invisibles, transferts
- reconnaissance de l’état interne du coach
- compréhension de ce qui a influence (à l’insu du coach) la séance
- mise à jour des reflets systémiques
- exploration des systèmes en jeu dans le processus de coaching
- analyseur de la construction de la relation avec son client
C’est « penser sur ce qui me fait agir ». Il s’agit ici moins d’analyser ce que j’ai fait… que de comprendre ce qui m’a fait faire ce que j’ai fait.
C’est comme régler un instrument de musique avant de jouer : on ne regarde pas la partition, mais l’instrument lui-même , ses vibrations, ses fragilités, ses tensions.
Exemples concrets de réflexion en supervision
- « Quand le client parlait de son sentiment d’imposture, j’ai senti un serrement de poitrine. Cela m’a rendu plus directive sans que je m’en rende compte. »
- « Je réalise que face aux clients très brillants, je me sens en compétition intérieurement. Cela influence ma posture. »
- « Lorsque le client est devenu dominant, j’ai ressenti un besoin de faire plaisir. Cette dynamique me vient de situations anciennes. »
- « Je marche dans un schéma de sauveur avec ce client. »
- « Je constate qu’avec les clients qui expriment beaucoup d’émotions, je me déconnecte de mon corps. »
La réflexion permet au coach d’augmenter sa maturité , sa présence , sa capacité à être un instrument clair et amélioré dans la relation.
La complémentarité des deux processus
- La réflexion est centrée sur l’action tandis que la réflexion est centrée sur le coach et la relation
- La réflexion est davantage d’ordre cognitif, tandis que la réflexion est davantage d’ordre somatique, émotionnel, relationnel.
- La réflexion permet avant tout de développer ses compétences techniques, alors que la réflexion permet de développer sa conscience de soi et sa présence
Au final c’est comme être le capitaine d’un voilier qui s’est perdu en mer :
- la réflexion consiste à lire la carte pour voir la route empruntée jusqu’alors et faire le point
- la réflexion consiste à repérer les moments où on s’est fait piéger au point de perdre notre cap
Conclusion : deux dynamiques indissociables pour grandir comme coach
En séance de supervision, réflexion et réflexion sont deux mouvements indispensables d’un même processus de développement. Ensemble, elles créent un cercle vertueux d’apprentissage : la réflexion éclaire ce que le coach a fait ; la réflexion dévoile ce qui l’habite et le met en mouvement .
L’une sans l’autre laisserait un angle mort ; combinées, elles permettent au coach de devenir un praticien plus consciencieux, plus présent et plus aligné . C’est cette complémentarité qui fait de la supervision un espace si précieux : un lieu où l’on développe à la fois la maîtrise professionnelle et la maturité personnelle .
