Nous coach, aimons penser que notre posture est « neutre », que nos questions ne sont pas inductives, ouvertes, au service exclusif du client. Et pourtant, nous coachons avec qui nous sommes, avec notre histoire, avec nos forces mais aussi avec nos zones d’ombre.

Ce que nous partageons malgré nous dans nos séances

Nos schémas précoces, nos drivers, nos valeurs, nos croyances, nos besoins psychologiques, notre rapport au contrôle, à la réussite, à la reconnaissance…tout cela imprègne :

  • la façon dont nous écoutons
  • les questions que nous posons (et celles que nous évitons !)
  • notre présence
  • notre tolérance au silence, au doute, à l’émotion, au partage sincère avec le client
  • notre posture face à la vulnérabilité du client 

La question n’est pas « est-ce que cela influence mes séances parfois ? », la vraie question est : comment cela influence à chaque fois mes séances ?

Cas 1 – Quand le chauffeur « Sois fort » rencontre… un autre « Sois fort »

Imaginons un coach dont le driver dominant est « Sois fort » (selon l’Analyse Transactionnelle – Efficacité, maîtrise, résultats, solidité), avec face à lui, un client qui fonctionne exactement sur le même mode. Sans que personne ne le décide consciemment, quelque chose se met en place :

  • une forme de combat d’ego feutré
  • un besoin implicite de montrer que « moi aussi je tiens »
  • une focalisation sur l’objectif, la performance

Que se passe-t-il alors dans la relation ?

  • Où va la place au doute ?
  • Qui accueille la vulnérabilité ?
  • Qui impulse l’authenticité ?
  • Qui donne le prix La au lâcher ?

Et si, paradoxalement, un client « Sois fort » avait moins besoin d’un coach fort que d’un coach capable de montrer sa vulnérabilité ? Et si au contraire, il avait besoin d’un espace pour déposer sa fatigue, sa peur de ne pas être à la hauteur, sa fragilité, ses doutes…

Ce qui nous rassure en tant que coach « sois fort » peut insécuriser un client qui sûr peut se sentir trop challenger, sentir que le coach est trop de lui, trop en maîtrise.

Cas 2 – Quand le schéma « Idéaux exigeants » prend les commandes de notre séance

Autre situation : un coach porteur du schéma précoce inadapté « Idéaux exigeants » (Jeffrey E. Young, années 1990) ; standards élevés, recherche d’excellence, exigence envers soi, et parfois envers l’autre.

En séance, cela peut se traduire par des questions trop complexes, une attente implicite de clarté, de profondeur, de progression, ou une difficulté à rester longtemps dans le flou.

Face à un client qui avance lentement, qui hésite, le coach peut inconsciemment laisser percevoir une forme d’impatience intérieure, de frustration non dite ou de tentation de « pousser ». Le client peut alors se sentir évalué, pas à la hauteur des attentes du coach. 

Bien sûr tout cela n’est pas explicite dans la conversation entre le coach et son client, même si bien présent dans les ressentis. Lorsque les coachs me disent en supervision « oui mais je ne le laisse pas transparent », je leur réponds parfois ceci « Tout ce que tu penses crie si fort que je n’entends pas ce que tu dis » (Jacques Salomé)

Les questions à se poser pour être plus en conscience

Voici quelques questions pour nous aider à nous « voir à l’œuvre »

  • Qu’est-ce que ce client vient activer chez moi, très personnellement ?
  • À quel moment de la séance me suis-je senti(e) plus tendu(e), plus pressé(e), plus engagé(e) émotionnellement ?
  • Quelle part de moi cherchait à être reconnue, rassurée, validée ?
  • Quel mécanisme personnel ai-je mis en œuvre dans cette séance ?
  • Si ma posture avait été légèrement différente, qu’aurait-elle permis d’autre ?

Et surtout : d e quoi ce client avait-il le plus besoin à cet instant, modifier de mes réflexes habituels ? 

D’ailleurs, avez-vous connaissance de vos réflexes, de vos petites habitudes ? 

Les signaux d’alerte pour se repérer en temps réel

La supervision aide aussi à développer notre propre présence à nous même, pour savoir ce qui nous actif sur l’instant.

Quelques signaux d’alerte internes :

  • tu Accélère ton rythme
  • tu te surinvestis
  • tu veux « réussir la séance »
  • tu te sens challenger, agacé, ou en connivence excessive
  • tu as un petit mouvement ou geste (recul sur ma chaise, me touche les cheveux…)

Alors une autre question s’offre à nous : « Qu’est-ce qui est en train de se jouer là, que je peux ajuster maintenant ? Dois-je ralentir, nommer mon ressenti, changer mon style pour mieux me resynchroniser au client. C’est comme si un signal nous suggère de revenir vraiment au client, en nous effaçant encore un peu plus.

Nos zones d’ombre ne sont pas un problème, mais les ignorer pourraient le devenir

Nous avons tous des angles morts et des attitudes que nous répétons tout au long de l’exercice de notre métier, c’est inévitable. La supervision n’est pas un lieu où l’on devient un « coach parfait », mais un espace où l’on devient un coach plus conscient, plus libre, plus ajusté. Et c’est cela qui fait de nous un meilleur coach.

Là où ta personnalité impacte tes séances, elle peut aussi devenir une ressource à condition d’être travaillée. Et ce travail ne peut se faire seul.

Et toi, quelle part de ta personnalité est la plus souvent au volant de tes séances ? Comment travailles-tu ta part consciente et ta part inconsciente ? Comment fais-tu pour détecter l’instant où ta personnalité s’est un peu trop invitée dans tes séances ? Et comment reprends-tu alors le volant ?

Quand ta personnalité s’invite dans ta séance de coaching sans demander la permission !

Sandrine Saliba est Coach Exécutif Sénior certifiée Master Coach Certified      (MCC)      par la Fédération Internationale de Coaching (ICF) et Senior Practitioner par l’EMCC. Elle est également formatrice au métier de Coach (RNCP et niv 2), Mentor et Superviseur de coach accrédité ESIA.

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