Transformer ses fragilités en leviers de leadership : le vrai travail du coaching

Quand Jean a commencé sa séance de coaching ce matin, il avait ce regard que je vois parfois chez les dirigeants qui tiennent en façade : un mélange de lucidité et de fatigue.

Il venait de prendre un poste à très forte responsabilité ; ce n’était pas son premier rôle de manager, mais cette fois l’orchestre était immense, et désaccordé.

Une grosse équipe. Des collaborateurs plus âgés que lui, désabusés et sur la défensive. Avec, dans le lot, quelques profils particulièrement difficiles qui causent des soucis à l’organisation depuis plusieurs années.

Jean est presque l’inverse de l’image du “chef qui recadre”. Empathique, calme, introverti. Doux dans la manière, patient dans le rythme et profondément humain.

Or il venait de prendre ses fonctions dans un contexte où il allait devoir faire exactement ce qu’il redoutait le plus : dire non, trancher, recadrer, demander des comptes et gérer des moments potentiellement conflictuels.

Dans les premières séances, le constat est lucide de la part de Jean qui me dit :
«face à ses collaborateurs de mauvaise foi et parfois dans le mensonge face aux preuves dont nous disposons, je sais ce qu’il faudrait dire. Mais au moment de le dire, j’ai peur que ça explose, et je n’ai pas envie de devenir quelqu’un que je ne suis pas. »

Son objectif de coaching, n’était pas de devenir plus dur mais de savoir recadrer sans se trahir, être ferme sans provoquer l’affrontement, demander des comptes sans bloquer la relation avec ses collaborateurs. En clair : trouver une autorité juste et un équilibre entre empathie et fermeté. C’est un sujet de coaching que nous contractualisons souvent avec les clients que j’accompagne en coaching exécutif.

Nous avons commencé par clarifier ce qu’il appelait “le conflit”. Dans son esprit, tout se mélangeait : dire non revenait à blesser, recadrer à agresser, poser un cadre à déclencher un conflit.

Première prise de conscience : il confondait inconsciemment fermeté et violence ou méchanceté. Nous avons travaillé à déconstruire ses croyances à ce sujet pour l’aider à mieux faire la part des choses et à se reconnecter à ses ressources dans les instants où la fermeté était nécessaire.

Nous avons également travaillé le concept d’assertivité de façon très concrète pour l’aider à se mettre dans cette posture d’égal à égal dans ces moments d’interaction. Ni taire, ni agresser, mais faire confiance à l’interlocuteur dans sa capacité à prendre sa part de responsabilité et d’avancer, malgré son profil et ses comportements parfois inadaptés.

Ce concept lui a particulièrement permis de remettre les situations en perspective et de revoir sa posture dans ces moments de discussions difficiles, pour rester dans l’action au lieu de fuir.

Quelques semaines plus tard, lors d’un bilan d’avancement Jean me dit « J’ai fait un recadrage que je n’aurais jamais cru pouvoir faire et ça s’est très bien passé »

La situation était délicate : un mensonge avéré, avec un collaborateur habitué à tester les limites et à contredire systématiquement l’autorité. 

Cette fois, Jean est resté factuel. Il a posé le cadre, énoncé l’attendu de la direction. Sans colère, sans agressivité, et surtout sans entrer dans l’escalade.

La conversation n’a pas dégénéré. La personne a tenté de se justifier, mais Jean est resté calme et constant, ramenant inlassablement l’échange à la responsabilité de son collaborateur.

Il a ensuite mené d’autres entretiens (annuels) difficiles, avec des profils réputés ingérables. Le résultat a été très satisfaisant, alors qu’avec l’ancien manager et le DRH, les entretiens finissaient toujours dans le conflit, Jean a su maintenir le calme dans la discussion, canaliser la justification du collaborateur, ses tentatives de diversion en évoquant une micro-situation au lieu de regarder en face la problématique générale.

Le vrai progrès dans ce coaching n’est pas que Florian est devenu plus ferme.

C’est qu’il a compris que ce qu’il considérait comme une faiblesse (sa douceur, sa patience, son empathie) était en réalité une véritable force, qui lui permettait justement de faire face à ces situations sans grandes difficultés. 

Pendant longtemps, il pensait que sa personnalité le desservait dans les situations de recadrage. Or il a découvert l’inverse : c’est précisément cette posture qui rendait ses messages mieux reçus.

Parce que lorsque l’empathie et le calme émotionnel sont présents, avec des phrases du type « je comprends ta position », mais qu’elle s’accompagne d’un cadre clair « cependant voici ce que j’attends », les collaborateurs ont beaucoup moins de prise pour entrer dans l’affrontement ou la justification, qu’avec un manager qui commence à s’agacer devant la mauvaise foi évidente.

Une empathie sans cadre devient une porte ouverte, mais une empathie cadrée devient un puissant levier de leadership.

S’appuyer sur ses forces pour dépasser des situations difficiles est précisément l’une des spécificités du coaching. En développant une meilleure conscience de soi, le coaching nous aide à équilibrer nos comportements en mobilisant certains traits de notre personnalité comme leviers de compensation. Ce qui peut apparaître comme une faiblesse dans certains contextes devient alors une ressource précieuse dans d’autres.

Au fond, le coaching n’a pas pour vocation de nous transformer en quelqu’un d’autre.
Il permet de mieux comprendre qui nous sommes, d’identifier ce que nous faisons déjà naturellement… et d’apprendre à l’utiliser avec justesse dans les moments où cela compte vraiment.

Très souvent, ce que nous appelons « faiblesse » n’est qu’une ressource encore mal utilisée, ou insuffisamment assumée dans certains contextes.

Et vous, quel trait de votre personnalité considérez-vous aujourd’hui comme une limite… alors qu’il pourrait devenir votre plus grand levier dans votre posture de leader ?

Nous contacter : contact@prolifecoaching.fr

Lire aussi:
Transformer ses fragilités en leviers de leadership : le vrai travail du coaching

LEADERSHIP EN COACHING: Distinguer la personne du rôle

Transformer ses fragilités en leviers de leadership : le vrai travail du coaching
Sandrine Saliba est Coach Exécutif Sénior certifiée Master Coach Certified       (MCC)       par la Fédération Internationale de Coaching (ICF) et Senior Practitioner par l’EMCC. Elle est également formatrice au métier de Coach (RNCP et niv 2), Mentor et Superviseur de coach accrédité ESIA.

Recevez des outils et astuces personnalisés pour